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 La construction du regard face aux images

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MessageSujet: La construction du regard face aux images   Mar 25 Mai - 0:14

La construction du regard face aux images (n°15 Signes extérieurs)

Ecrit par Marie-José Mondzain le 26/07/2007

Mots-clés :
• Art Grandeur Nature 2004
• signes extérieurs
Vous avez suggéré dans plusieurs de vos écrits que la production visuelle abondante dans notre époque entraîne une régression très profonde dans notre relation aux images. ; que c’est en effet le déferlement mercantile d’effets visuels, - et la publicité en fait largement partie - , qui menace de séparer l’image et le « sujet parlant ». La publicité peut même être considérée comme une machine à produire de la violence bien qu’il s’agisse le plus souvent de promouvoir de la vertu et du bien-être. Que faire pour y résister ?

Marie-José Mondzain : Les images peuvent faire violence à la dignité, à l'équilibre de chacun. Plusieurs choses sont à considérer : le mode de construction des images, donc l'appareil critique qu'il faut mettre en place pour les comprendre, les accueillir, les refuser, leur donner du sens ou considérer qu'elles n'ont pas de sens.
Je n'ai pas peur des contenus violents des images sauf qu'aujourd'hui elles sont utilisées pour mettre le spectateur là où il n'a pas envie d'être. La violence existe, la guerre, les tortures, la maladie, la mort sont là. La question n'est pas comment les éviter, mais comment faire avec.
Du côté de la réception, il faut dès l'enfance faire un travail d'apprentissage de toutes les images, car les nouvelles générations sont confrontées sans arrêt au meilleur et au pire, de façon indistincte, brutale, et quantitativement considérable. Comme on ne peut pas sélectionner ce qu'ils vont voir, il faut les guider, les aider à construire leur place. Les aider à mettre en place leurs réflexes de jugement, de liberté, à ne pas se laisser envoûter, capturer, atteindre, destituer. Ce moyen c'est la parole ; ne rien interdire de voir, faire en sorte qu'il n'y ait jamais de sujet tabou.
Il faut aussi apprendre aux adultes - qui ont les tabous les plus forts - qu'ils risquent de diminuer leurs ressources de communication avec les enfants si ceux-ci n'osent pas parler ou avouer ce qu'ils ont vu. S'ils ont l'impression d'avoir touché quelque chose d'interdit pour l'adulte, on entre dans un circuit de refoulement intersubjectif.

Il ne s'agit pas de diaboliser les instruments et les supports, mais de regarder les modes industriels de visibilité et de voir quels sont les dispositifs mis en place, qui au lieu de construire du regard destituent le sujet. On va les trouver plus dans la publicité et dans des milieux d'industries culturelles. La télévision par son dispositif de programmation, de finance, de production et de diffusion, est bien plus menacée que d'autres instruments de ne plus fabriquer que des objets visuels qui se donnent à la consommation et pas au regard, à l'individu ni au groupe, sur un plan pulsionnel, émotif, dans des temporalités différentes et non pas dans une distance régulée, dans une réflexion patiente.
C'est parce que ces instruments sont devenus des supports d'opérations industrielles touchant des productions symboliques que je dénonce leurs programmes. L'industrie publicitaire quant à elle peut être autre chose, il n'empêche qu'elle fonctionne sur les mêmes dispositifs et mécanismes de consommation, de caducité que la télévision, sur les coups émotifs, la brutalité des messages, la violence émotive, la peur, l'érotisation…


Roland Barthes avait rendu compte dans les années 1960 de l’apparition des contestations du conformisme publicitaire dans le milieu artistique, de l’affirmation de ce qu’il appelait une « contre-parole publicitaire ». Vous avez dans votre essai « L’image peut-elle tuer ? » évoqué la notion de « contre-images ». Pourriez-vous développer cette notion ?

MJM : Les contre images sont pour moi toutes les opérations de résistance, à l’instar des saxifrages, ces toutes petites plantes qui cassent les montagnes, les murs, les remparts. Je pense actuellement que les gestes d'art ne sont plus que là ; il y a aussi les gestes infimes, les opérations très individuelles, ponctuelles, très risquées, parfois solitaires car le tissu associatif n'est pas solide. Produire des images qui résistent, et qui désignent la place d'un spectateur qu'on veut constituer, ce n'est pas uniquement en détournant la publicité mais en construisant des circonstances, que j'appellerai des "temporalités". Toutes les réflexions sur l'espace public ne peuvent se faire sans apporter aussi une réflexion sur le temps public. Qu'est-ce que le temps partagé? Le temps du travail, on le sait, ça se calcule en heure, et la question du temps est quelque chose dont se saisit l'institution dans tous les domaines. La télévision en dehors des heures de travail a envahi l'espace domestique de sa propre horloge (à telle heure le JT, la série, etc.). Elle a envahi l'espace intime et domestique et à l'intérieur de l'horlogerie qui désigne le temps pour manger, boire, se taire, etc. elle a défini des rythmes.
Non seulement il y a une perte du temps intime de la biorythmie que chacun a selon son âge, sa nature, mais le rythme sur lequel vit la société est celui d'un coureur de haute volée de vingt ans. Dans les programmes, la vitesse, l'impatience sont privilégiées et finalement dans ce temps partagé il n'y a plus de temps commun.
On sent à quel point la question du temps est devenue un problème de survie, de stress, d'accélération ou d'impossibilité de décélérer. Autant on peut devenir paresseux au travail, autant on devient complètement fébrile et hyperactif en dehors des heures de travail. Et toute la puissance imaginaire du non travail et des temps non calculés par les montres est absorbée, anéantie par les industries qui font des vacances une industrie. Alors, l'image pour moi, est au contraire par définition le lieu de l'attente, de la patience, de la rêverie et l'accès à l'image c'est une éducation très lente, à commencer très tôt. Cette contre-image, cette résistance signifient se battre pour produire les conditions temporelles d'un accueil, prendre le temps de voir, revoir, et parler de ce qu'on a vu.


L’artiste, pour dénoncer cette évolution inquiétante et redonner du sens à l’image, peut-il ou elle le faire efficacement en s’emparant des supports et outils de ce pouvoir médiatique (écrans informatiques et télévisuels, panneaux publicitaires, etc.), ou faudrait-il privilégier des actions sociales et politiques ?

MJM : Les artistes peuvent se saisir de tout et il n'y a aucune raison de juger pour eux. Ce que vous montrez dans Art Grandeur Nature désigne bien l'espace public comme un lieu d'intervention signifiante, de provocation à des degrés différents, d'exigences formelles de relier des interventions avec plus ou moins d'humour. Je pense qu'en même temps dans les modes de saisie du regard de l'art de la rue, l'usage du néon, des peintures de voiture, des graffitis, des bombes, il y a une exploitation possible, matérielle. De même pour la vidéo, la 3D, l'image virtuelle, il y a des moyens excitants de créer des lieux de rassemblement, de provocation, de déstabilisation. Le problème n'est pas tant si c'est de l'art mais si la vie politique existe derrière tout ça.
Les jeunes générations sont dans une absence totale de sécurité d'emploi, d'avenir, d'immense fragilité mais en même très souvent dans un apaisement trop rapide par rapport à des protections. Les nouveaux artistes sont de plus en plus techniciens, virtuoses de la production. Ils disposent des mêmes outils que la publicité (caméras, ordinateurs, etc.). L’essentiel est de savoir où ils mettent l'autre, à qui ils s'adressent et dans l'espoir de quelle relation. Souvent ils font de l'événementiel, ce qui est une industrie qui va les faire entrer sur la voie des mécanismes qui sont ceux de la télévision. Ils risquent d'être dépassés et très vite la totalité de la culture pourrait tomber sous la coupe de l'industrie et de la communication.


Propos recueillis par Anne-Marie Morice et Morten Salling
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MessageSujet: Re: La construction du regard face aux images   Lun 31 Mai - 20:01

Hum je vais le lire après demain
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